Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

En passant au hasard chez notre messager des poèmes, voici un poème qui m’interpelle. Il me parle, avec à la fois de la joie, de la tristesse, des os qui craquent, d’autres maux qui s’installent. La nature est immuable et le printemps à notre porte nous apporte un regain, comme la sève dans les arbres. De la joie dans le coeur. Quel bonheur que ce sentiment lorsque la saison s’en vient. Je l’aime celle-là. En attendant que coulent les heures, je fais des projets encore. C’est revigorant.

Arbrealettres


Illustration: Gilbert Garcin

Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

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La Mort donne un sens à l’Objet (Emily Dickinson)

Un poème sur la transmission de nos ascendants. Je me souviens de livres de maman, du dé à coudre, et ai gardé comme dit dans ma réponse chez le messager des poèmes, un petit ouvrage fait main pour y mettre les aiguilles à coudre.

Arbrealettres


La Mort donne un sens à l’Objet
Sur quoi l’OEil eût glissé
A moins qu’un Être disparu
Tendrement nous supplie
De penser devant de petits ouvrages
Au Pastel – ou en laine –
«C’est le dernier qu’ont fait Ses doigts » —
Si diligents avant –

Que le Dé ne pèse trop lourd –
Que les points ne cessent – d’eux-mêmes –
Alors on l’a rangé parmi la Poussière
Sur les étagères du Placard –

J’ai un Livre – offert par un ami –
Dont le Crayon – ici et là –
A coché tel passage qu’Il aimait –
Au Repos – sont Ses doigts –

Aujourd’hui – je le lis – sans le lire –
Les Larmes m’interrompent –
Effacent les Gravures
À Réparer, hors de Prix –

***

Death sets a Thing significant
The Eye had hurried by
Except a perished Creature
Entreat us tenderly

To ponder little…

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Poésie : La femme âgée (Martine Hadjedj)

Je n’ai pu que m’arrêter sur ce poème, en cherchant la trace du mot : « diamant » Celui-ci est tellement beau et touchant. Il me parle, la route pointe à l’horizon. Encore de longues marches, ne pas tomber, aller de l’avant, essayer du moins malgré les maux physiques. Ceux de l’âme peuvent encore se réjouir au creux de tous les diamants de la nature. Et ceux en soi. La suite est à lire chez le poète semeur de mots. Merci pour lui.

Arbrealettres


LA FEMME AGEE

Autrefois, j’étais belle, j’attirais les regards,
Sur mon glorieux passage, les hommes se retournaient,
Le monde et ses égards, oui, tout m’appartenait,
A présent, je suis vieille, j’ai perdu mon pouvoir.

J’ai reçu bien des roses ; leurs épines m’ont blessée,
Après les jours heureux suivaient les nuits glaciales,
J’ai affronté déserts, tempêtes, et chacals,
Et sans jamais plier, j’ai lutté, supporté.

Mais tous ces coups du sort, reçus en pleine face,
En laissant sur ma peau, d’indélébiles traces,
Ont fortifié mon âme, comme un muscle qui travaille.
Elle devenait plus belle, après chaque bataille.

Et vous tous qui pensez, sa beauté s’est fanée,
Emportée par le temps, eh bien vous vous trompez,
Car de cette sombre pierre qu’était mon cœur, avant,
Les intempéries de la vie en ont fait un diamant.

Derrière mes yeux, délavés par tant de larmes versées,
Et mes paupières ridées, usées par…

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Poésie-Coquelicot Paroles de Charles Trenet


COQUELICOT
Paroles de Charles Trenet – Musique de Charles Trenet et Albert Lasry
© 1948 – Raoul Breton

***
Coqu’licot, coqu’licot,
Fleur des champs, coeur sauvage
Coeur en fleur du bel âge,
Coeur des champs, pas méchant.
Coqu’licot dans les blés,
Au soleil de la vie,
Rougissante et ravie,
Ta p’tite âme me plaît.
Parfois, tout comm’ moi,
Tu suis les rails d’un train,
D’un train qui n’pass’ plus
Merveilleux ch’min plein d’entrain
Le chemin des beaux jours,
Du ciel bleu, des vacances,
Des poèmes, des romances.
Coqu’licot d’amour.

***
Je m’souviens de Margot,
Je m’souviens de Jeannette,
Coqu’licots ou bleuettes
Je m’souviens mêm’très bien
De Suzon, de Mado.
Blondinettes ou brunettes,
Et j’entends dans ma tête
L’écho d’nos bécots.
Chacune fut exquise,
(J’leur ai conté fleurette)
Chacune fut éprise
De ma petite chansonnette.
Coqu’licots des faubourgs,
Des banlieues ou des villes,
Qui choisir entr’ cent mille
Coqu’licots d’amour.

***
Coqu’licot, coqu’licot.
Fleur des champs, coeur sauvage,
Coeur en fleur du bel âge,
Coeur des champs, pas méchant,
Troubadour des talus,
Vagabond des prairies,
Liberté de la vie,
Coqu’licot élu.
Bien mieux qu’un’ fleur snob,
Qu’une orchidée, « ma chère! »
Chérie! sur ta robe
N’est-c’ pas, c’est lui qu’tu préfères?
Coqu’licot des beaux jours,
Du soleil, des vacances,
Coeur ardent de la France,
Coqu’licot d’amour.

Dans le jardin

Dans le jardin

Dans le jardin de mon cœur se trouve une fleur,
Celle d’un monde où il n’y a que toi qui a accès
Je t’en ai donné la clé, pour n’y trouver que la douceur

Dans le jardin de mon cœur se trouve un pétale
Il s’offre sans vergogne à tes mains et leur ferveur
Tu en caresses lentement, toute la moiteur

Dans le jardin d’une orchidée, tu t’es aventuré
Elle s’est offerte à ta bouche sensuelle
S’égarant, dans les sillons de dentelle

Dans le jardin démesuré de la passion des sens
La demoiselle n’a pu que savourer cette dureté
Que tu lui tends, parcours passionné, sauvage
Où des jardins emmêlés, des amants pas très sage
Se sont abandonnés à la félicité.

© pétale 22-03-2013 (brindille33-filamots)

Chuchotements (Kettly Mars)

Un poème d’un auteur que je ne connais pas.
Voici un lien : https://www.babelio.com/auteur/Kettly-Mars/92532
Ce que je préfère : « entre deux soleils
refaire tous les chemins
traverser tes pôles
en passant par ton milieu
m’enfouir dans ton extrême »

Arbrealettres


Francis Picabia -   (3)

Chuchotements

je n’ai rien à vous dire
voulez-vous m’aimer?

je n’ai rien à vous dire
et si on se faisait plaisir?
caresses au crépuscule
gémissements de brise
extases musquées
et si on s’aimait d’amours fulgurantes?

*

même les carreaux ont eu froid
sur le sol que martelaient nos pas
entre deux battements de sang
dorment des frissons

ce qui meurt
renaît à chaque instant
l’éternité est le silence
entre deux battements de vie

*

entre deux soleils
refaire tous les chemins
traverser tes pôles
en passant par ton milieu
m’enfouir dans ton extrême

je t’aperçois
entre deux battements de cils
étendard au vent
dans la poussière des piaffements
les hennissements de ton sang
je te fais de grands signes
le vent ramène nos histoires parallèles

(Kettly Mars)

Illustration: Francis Picabia

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La jeune Muse était fidèle (Vassili Joukovski)

Une jeune muse fidèle. Oui oui, c’est tout à fait cela de la part de cet auteur via ce blog ou site bien connu des personnes qui passent par ici 🙂 Je ne suis plus jeune, mais je reste une muse aussi bien vivante dans le domaine de l’écrit, de la poésie. 🙂

Arbrealettres


Illustration: Rafal Olbinski

La jeune Muse était fidèle
Et me suivait de lieu en lieu.
L’inspiration, toujours nouvelle,
Volait à moi du haut des cieux.
Elle animait de sa lumière
Tous les visages de la vie,
Je lui vouais ma vie entière :
Vivre était vivre en poésie.

Or, aujourd’hui je sens l’absence
De l’être qui m’offrait ces chants,
La harpe dort dans le silence,
Le cœur est lourd et somnolent.
De moi espoir et de mon aide
Saurai-je attendre le retour ;
Ma perte est-elle sans remède,
La voix éteinte pour toujours?

Pourtant, ce que des temps magiques
J’ai su garder jusqu’aujourd’hui,
Les clairs, les sombres, les uniques
Instants vivants des jours enfuis,
Les heurs des songes solitaires,
Sublimes de fragilité,
Je te les offre et te vénère,
O pur génie de la beauté !

Je ne sais pas pour quelle aurore
Peut revenir la poésie,
Mais ton étoile…

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Poésie : Passants

Bordeaux – fête du vin juin 2018 – clic sur l’image pour l’agrandir

 

Il n’est pas vrai qu’on soit orgueilleux d’aimer tant,
Et que d’un oeil d’aigle on regarde
Les passants affairés, indifférents, contents,
Noyés de lumière blafarde.

Il n’est pas vrai qu’un grave et poignardant amour
Isole noblement le rêve;
Nul ne dit les combats dont l’assaille sans trêve
Le désir, conflit sombre et sourd !

Il n’est pas vrai que l’âme altière et transportée
Bénisse son cruel fardeau.
Même si l’on paraît éblouie et hantée,
L’on ne vit qu’en courbant le dos.

Comment se réjouir d’avoir livré sa chance
À l’étranger vague et secret
Qui, selon sa rieuse ou grave nonchalance,
Nous emmêle à son sort distrait ?
– Ah! pouvoir n’aimer pas celui qu’on aime ! N’être
Pas l’esclave d’un beau vivant !
Vivre libre, espérer, choisir, vouloir, connaître !
Fendre l’azur comme le vent !

Ne pas être liée avec de durs cordages,
Secs et fermés comme des poings,
Au charme inévitable et fortuit d’un visage,
Qu’on eût pu ne rencontrer point !

N’avoir pas transféré sa digne solitude,
Unique et nombreuse à la fois,
Dans un corps dont les yeux, la voix, la lassitude
Semblent sacrés ou bien narquois !

Ne pas être obligée à constater sans cesse
Que rien ne nous est plus soumis,
Et que, ne nous laissant qu’une atroce paresse,
Notre coeur bat dans l’ennemi !…

Anna de Brancovan, comtesse de Noailles

L’armée des façades (Georges Bonnet)

Parce que le poème est beau, et parce qu’il est écrit à l’arrière de l’illustration est tellement vraie. Je conseille d’aller chez notre semeur de mots et lire aussi ce qu’Anne Murat écrit à propos de la nature. Merci. 🙂

Arbrealettres


herbe-x

L’armée des façades
Les toits en quête d’oiseaux

Des volets clos
aux couleurs difficiles

La vie entre deux pavés
dans un brin d’herbe

(Georges Bonnet)

 Illustration

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La houle

Charente-Maritime – Saint-Palais

 

La houle

J’aimerais naviguer avec toi sur la houle
Celle qui nous entraîne loin de la foule.
Nos caresses, nos baisers, notre monde.
Vient donne-moi la main, dans cette ronde.

Où nous perdons pieds, hors de toute réalité
Nos corps l’un près de l’autre accolés
S’embrasent, se lovent, s’enroulent
Dans le creux des vagues de la houle.

Nos mains s’égarent éperdus et heureux
De sentir ce désir couler entre nos doigts
Les miens caressant avec délice ce mat
Tendu vers l’ultime plaisir, en faire notre loi.

© G.Ecrits août 2011

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Je n’ai pas à me sentir ivre (Eugène Guillevic)

J’aime Eugène Guillevic poète. Merci à arbrealettres pour tous ces trésors à découvrir sans modération. 🙂

Arbrealettres




Je n’ai pas à me sentir ivre
Pour être en communion
Avec toi, l’étendue, avec
Ce que tu contiens.

Il me suffit
De toi et de moi,
Il me suffit de nous,

Tels que nous sommes,
Ivres seulement d’exister
Toi et moi

Et de sentir
Entre nous passer
Ce courant qui n’en finit pas,
De le retrouver

Chaque fois que je t’approche —
Et même quand je suis loin.

(Eugène Guillevic)

Recueil: Possibles futurs
Traduction:
Editions: Gallimard

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Bordeaux rive droite – Poesie – Jean de la Ville de Mirmont


I

Je suis né dans un port et depuis mon enfance
J’ai vu passer par là des pays bien divers.
Attentif à la brise et toujours en partance,
Mon cœur n’a jamais pris le chemin de la mer.

Je connais tous les noms des agrès et des mâts,
La nostalgie et les jurons des capitaines,
Le tonnage et le fret des vaisseaux qui reviennent
Et le sort des vaisseaux qui ne reviendront pas.

Je présume le temps qu’il fera dès l’aurore,
La vitesse du vent et l’orage certain,
Car mon âme est un peu celle des sémaphores,
Des balises, leurs sœurs, et des phares éteints.

Les ports ont un parfum dangereux pour les hommes
Et si mon cœur est faible et las devant l’effort,
S’il préfère dormir dans de lointains arômes,
Mon
Dieu, vous le vouliez, je suis né dans un port.

II

Par l’appel souriant de sa claire étendue
Et les feux agités de ses miroirs dansants,
La mer, magicienne éblouissante et nue,
Éveille aux grands espoirs les cœurs adolescents.

Pour tenter de la fuir leur effort est stérile ;
Les moins aventureux deviennent ses amants,
Et, dès lors, un regret éternel les exile,
Car l’on ne guérit point de ses embrassements.

C’est elle, la première, en ouvrant sa ceinture
D’écume, qui m’offrit son amour dangereux
Dont mon âme a gardé pour toujours la brûlure
Et dont j’ai conservé le reflet dans mes yeux.

V

Vaisseaux, nous vous aurons aimés en pure perte ;
Le dernier de vous tous est parti sur la mer.
Le couchant emporta tant de voiles ouvertes
Que ce port et mon cœur sont à jamais déserts.

La mer vous a rendus à votre destinée,
Au-delà du rivage où s’arrêtent nos pas.
Nous ne pouvions garder vos âmes enchaînées ;
Il vous faut des lointains que je ne connais pas.

Je suis de ceux dont les désirs sont sur la terre.
Le souffle qui vous grise emplit mon cœur d’effroi,
Mais votre appel, au fond des soirs, me désespère,
Car j’ai de grands départs inassouvis en moi.

Jean de La Ville de Mirmont (L’Horizon Chimérique)

Sources : Moteur de recherche

En connaître davantage sur ce Bordelais, poète trop tôt disparu voir ici :

ICI