Maman et les violences subies

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Ce sera bien la première fois que je parle de maman, à ce jour, en ces termes.
A la fois une intense dénonciation, un témoignage pour les femmes qui passeraient lire cet article, et une réconciliation et prise de conscience de moi-même, l’âge aidant vis à vis d’elle. La mémoire fait son chemin. L’amertume, les griefs s’en vont dans une forme de pardon. Je ne sais si c’est ce sentiment là ? A ce niveau je suis quelque peu « handicapée ». Cela ne laisse en rien le fait qu’elle soit devenue la femme manipulatrice qu’elle soit devenue par réaction ? En nous divisant mon frère et moi-même pour mieux « régner » ? Peut-être ? Dans mon univers familial, mes enfants et petits-enfants. Elle fut toutefois une femme bonne, aimante pour les autres ayant le don d’elle-même en tant qu’infirmière. Je puis la qualifier de « sainte » vis-à-vis de son tortionnaire. Syndrome de Stockholm ? Peut-être.

Elle avait une vie sociale différente de la vie familiale.  Une femme de droit, fonctionnelle dans la vie de tous les jours,  très coquette, extravertie, et qui m’a beaucoup appris au niveau de la culture que j’ai acquise grâce à elle, en complément surtout de l’école. Une femme courageuse, dont je n’ai pas du tout partagé ses prises de position,  que je lui ai reprochés alors que j’avais encore dans la cinquantaine. Le chemin est long pour une forme de compréhension. Cela ne pardonne pas nécessairement tout, comme non assistance en personne en danger, mais elle a fait comme elle pouvait à l’époque en étant une femme sous influence. N’ayant jamais connu cette vie là dans sa famille et ayant été télescopée sur une autre planète, avec mon frère et moi-même. Chacun de ses enfants semble t-il avec des vies vécues intérieures fort différentes. Je n’ai pas fait mieux qu’elle, c’est-à-dire comme j’ai pu aussi, avec les moyens dont je disposais à essayer de se confronter aux problèmes de l’existence. Différences et aussi continuité.

Je pense que les origines sociales, ultra bourgeoise pour maman et rurale pour papa n’ont rien eu à voir dans ce qu’elle et nous avons pu subir. Sauf si papa avait eu des antécédents familiaux, ce que j’ignore.

Les violences physiques et psychologiques en tant que femme.

Le début et quand cela se met en place ? Comme le raconte la femme qui a témoigné hier après-midi sur France2, petit à petit.
A peine sans se rendre compte elle-même de l’isolement imposé, de la jalousie, de l’alcoolisme.

Je me souviens j’avais huit ans. Maman m’a raconté que papa qui travaillait comme second dans la marine marchande ne souhaitait plus continuer ce travail. Il ne voulait plus naviguer, alors que c’était son rêve, son lieu où il aimait être, sa vie.
« Tient donc ! Il avait tellement peur qu’elle aille voir ailleurs dans sa tête d’homme macho que déjà de par cette action, il a fait le premier pas vers cette vie infernale qu’il nous a imposé. » (c’est moi qui le pense)

C’est ainsi qu’il est entré pour faire court dans un garage de mécanique. Il était fortiche dans ce domaine, surtout les moteurs diesel. La suite de son parcours professionnel le démontrera. Installation des moteurs du plan incliné de Ronquières (Belgique) notamment.

Comme il ne naviguait plus, il a commencé à fréquenter le bistrot du coin. Le seul au Nord de Bruxelles, à l’époque encore un petit village. J’avais moins de huit ans. Les enfants lorsqu’ils sont petits ressentent les choses de la vie et lorsque quelque chose ne va pas.  Je me souviens de ma main, ce jour là, dans celle de maman. Nous cherchions papa qui n’était pas encore rentré. Je ressentais la peur. Je ne pouvais rien nommer. Elle ne disait rien. J’étais trop petite. En chemin, à pieds, dans un silence tellement pesant. La trouille au ventre.
Nous l’avons retrouvé dans ce café de quartier. J’ai vu son visage et j’ai vu ses yeux tout petits et tout ronds. La petite fille que j’étais ne trouvait pas cela normal. Maman non plus. « Je raconte cela de cette manière, car son ressenti et le mien ont été en osmose ce jour là »
Rien ne tournait rond. Des ondes m’entouraient. J’avais cette intuition que les êtres sensibles ont qu’il allait se passer quelque chose, mais quoi ? Nous avons grimpé les marches du petit immeuble en rentrant tous les trois.
Je ne me souviens pas si auparavant il buvait ? J’ai oublié.
Nous avions peur. Mon frère ? Il semble ne pas avoir été là. J’ai oublié.
Il a commencé comme d’habitude à titiller maman, à lui chercher des poux dans la tête. L’atmosphère était lourde, comme lorsqu’un orage dans la nature va éclater.

Et c’est là l’espace d’un moment que j’ai vu cette image que je n’oublierai jamais c’est mon père avec le petit couteau de cuisine à éplucher les pommes de terre, le lever au-dessus de maman appuyée contre l’évier de la cuisine. J’ai hurlé et je me suis enfuie au rez-de-chaussée chez la voisine. Je me souviens m’imaginer l’horreur. Le cadavre de maman sur le sol, aux mains de mon père. Je ne voulais pas rentrer chez moi, chez mes parents. Je voulais être ailleurs. Maman est venue me rechercher. J’étais accroupie entre une armoire et un mur. De cela je ne me souviens pas. Bien de mes pensées. Celles de ma maman ? Elle ne les a jamais dites. J’ai jamais demandé non plus. Il était interdit de poser des questions.
Première agression.

Il a continué à boire. En revenant, alors que maman faisait à manger en attendant qu’il entre. J’entendais son pas lourd dans l’entrée et claquant cette porte. Il chantait ce qui n’annonçait rien de bien. Nous sommes alors aux alentours de 1960, j’avais dix ans. Elle le servait et ensuite il balayait d’une seule main cette assiette qui se retrouvait à terre. Je vois encore maman tout ramasser et la nourriture et la vaisselle cassée. Combien de fois n’a t-il pas renouvelé ce geste. Et invariablement maman ramassait et jetait. Sans rien dire. Il criait, il jurait, il invectivait. Nous étions tous dans le silence et dans l’attente que cela cesse.
La vie était ainsi rythmée à la maison le soir, entre ses virées d’alcoolique, les mots qu’ils disaient à maman injurieux. J’ai beaucoup oublié et n’ai retenu pour maman que la suite.
Un jour, il est rentré et lors d’une altercation toujours sous l’emprise de la boisson, il a mis ses mains autour de son cou et il a commencé à l’étrangler. Je regardais immobile, n’osant pas bouger. Impossible, tétanisée par cette horreur. Et la peur au ventre comme lors de la première agression de perdre maman.

Maman s’était « habituée » aux colères de papa. A ces titillement en joutes verbales. Je l’ai vue entamer des monologues interminables pour le calmer, le temporiser, détourner les idées fixes de cet homme et les faire changer dans son esprit tordu. C’était long et maman n’en finissait pas d’essayer de le raisonner. Elle y arrivait, au bout d’une ou de deux heures. J’entendais tout cela.
Deuxième agression

Maman m’a raconté pour une autre, qu’elle avait fait bouillir beaucoup d’eau, à l’époque sans doute pour la lessive. Et qu’il avait voulu prendre ce récipient et jeter le tout sur elle. Elle a pu en réchapper je ne sais plus comment.
Troisième agression.

Les coups, c’est nous qui les recevions au départ. Davantage mon frère, après c’était parfois mon tour. La ceinture pendait à la porte, je me souviens tellement bien. Cela fait très mal, cela brûle. Pas de mots. S’enfuir en pleurant et entendre que c’est une honte les pleurs. Mon frère très rebelle, n’y coupait jamais. Maman à ce moment là se mettait entre lui et mon père et tout s’arrêtait. Étrangement, pour dire qu’il n’y a pas de cohérences, il ne levait pas la ceinture sur maman à ce moment là.
Vivre ainsi est un enfer. Vivre ainsi c’est sous une torture de violences vécues au quotidien.
Lorsque je lui répondais à table, je me souviens avoir reçu à diverses reprises le pot de beurre dans la figure. « maman mettait le beurre dans un ravier en verre avec un couvercle »
J’ai eu moins de coups, mais il a eu sur moi une autre emprise bien pire, physique et psychologique m’enfermant dans un silence de vingt années.

J’ai donc vu maman supporter tout cela. A l’adolescence, je me disputais avec elle en lui demandant pourquoi ne pas le quitter nous aurions été si heureux à trois sans lui ? Elle me répondait qu’elle avait très peur. Qu’elle ne pouvait pas. Qu’il l’avait menacée que si elle faisait une telle chose il nous tuerait tous les trois. Je lui répondais que ce n’était de la part de cet homme que de la lâcheté et qu’il ne ferait rien du tout.  J’en ai beaucoup voulu à maman de ne pas quitter papa. Je ne comprenais pas, comme d’autres faits précédents me concernant. Ce fut entre elle et moi une profonde discorde longue. Aujourd’hui j’aimerais qu’elle soit là pour lui raconter que je comprends pourquoi.
Même devenue adulte, nous en parlions toutes les deux. Elle m’expliquait. Je ne pouvais pas comprendre. J’avais l’intransigeance de mes parents, à ma sauce. L’entêtement aussi. Mes parents avaient tous les deux dans ce domaine la palme d’or. Je sais de qui j’ai hérité dans ce domaine 🙂 Je puis sourire, car cet entêtement me sert aujourd’hui.

Non maman ne pouvait pas le quitter. A l’époque personne pour aider une femme dans cette situation. Alors qu’aujourd’hui, les centres et les associations sont existantes, je me dois de constater que malgré tous ces efforts, combien de femmes meurent sous les coups de leur conjoint ? Je ne parlerai pas des statistiques, je les déteste et ils ne veulent rien dire.

Un jour qu’il revenait saoul à l’appartement, toujours entre mes dix et treize ans, j’étais occupée avec mes cahiers scolaires. Je faisais de la physique, je m’en souviens très bien. Il a pris tous mes cahiers en me disant que l’étude cela ne servait à rien, et il a tout balancé au-travers des deux grandes pièces de plus de quatre mètres de longueur. Au passage, il cassait un objet, puis un autre. Tout valsait autour de nous.
Après l’incident de mes cahiers où je fus encore plus atteinte parce que j’adorais l’école, j’ai pris une décision. Faire quelque chose pour qu’il ne boive plus et avoir la paix. J’ai fait une longue analyse et ma psychiatre m’a dit que là j’avais pris le rôle de maman, courage et résilience.  Lorsqu’elle m’a dit cela concernant maman, je n’ai rien ressenti, fallait que cela change un point c’est tout. Il fallait agir.  C’est une autre histoire.
Pourquoi décider ? Parce que pour moi l’école était un lieu sacré, un refuge où j’apprenais tant de choses. Ma curiosité était satisfaite, j’y avais mes amies, j’apprenais autant que je le pouvais, même si je n’avais pas suffisamment de mémoire. Ce ne fut pas facile. J’ai réussi ma dernière année.

Ensuite, il n’y a plus eu la boisson, mais les mots. En résumé un régime de dictature au quotidien. Plus tard, lorsque la porte de la maison s’ouvrait, je savais que la paix était terminée et qu’il allait falloir composer. Maman à ce moment là et depuis longtemps avait retrouvé du travail.

Les colères incessantes en voyant une émission à la télévision.
Maman m’a raconté aussi qu’en travaillant comme aide-soignante, son dernier travail dans une maison pour personnes âgées dépendant du CPAS, l’équivalent de la CCAS ici en France, elle invitait parfois une copine de travail à la maison. Mon père ce grand pervers mettait la main là où il ne fallait pas à ces femmes qui venaient en visite et ensuite maman devait constater qu’elles ne venaient plus. Elle su par la suite pourquoi. Il les caressait en douce derrière le dos de maman.
Papa isolait ainsi maman dans ses relations amicales. Quant à la famille, celle-ci l’avait rejetée suite à son mariage. Rejet de la part de cette famille « bien pensante » parce qu’elle allait épouser un protestant et qu’elle attendait « famille » (expression belge qui veut dire attendre un bébé). C’était moi.
Il était en instance de divorce. Là j’écris en souriant qu’elle avait cumulé pour déranger cette société à l’ordre bien établi. A l’époque c’était une femme amoureuse. Il n’y avait que mes grands-parents.

Et un jour il a interdit à ma grand-mère de venir le mercredi après-midi pour aider maman dans la couture. A l’époque les chaussettes étaient encore reprisées, les boutons recousus, les ourlets faits etc…. et ma bonne-maman venait que pour cela. A l’époque le temps était déjà à l’économie. Difficile de joindre les deux bouts, même en 1965. Tout cela parce qu’elle était catholique. Ma pauvre bonne-maman, si bonne, aimante, dévouée.
Là maman a tenu bon et n’a pas abandonné. Heureusement pour elle, pour nous.

Et après, les années se sont écoulées. Papa avait dix-huit ans de plus que maman. Il avait été torturé comme résistant politique en Allemagne et portait de graves séquelles aux jambes ce qui en vieillissant se traduisaient par l’apparition d’ulcères variqueux. J’avais environ seize ans, dix-sept ans. Maman travaillait de nuit. Elle rentrait le matin, et ensuite pendant une heure s’occupait de papa pour le soigner comme la bonne infirmière qu’elle était. Avec soin, application pour que ce truc là guérisse. A l’époque deux crèmes, l’une pour l’extérieur de la plaie une autre pour mettre dessus. Je le voyais souffrir et je me disais : « tu as ce que tu mérites ». Je n’ai jamais eu de pitié pour tout cela. Je trouvais maman courageuse, et très sincèrement, je l’admirais pour ce qu’elle faisait à ce tortionnaire. Car il l’était toujours. En paroles. Il devenait trop âgé. A eux deux, par la suite, lorsque nous n’étions plus là avec les parents, maman a mieux vécu. Elle entraînait papa à Ostende. Elle restait sur l’estacade ou bien sur la digue. Papa prenait le bateau pour la journée et partait pêcher pour le plaisir. Ils faisaient ensemble des sorties d’une journée organisée par une société de cars de voyages pour les personnes de tous âges. Ceci à Forest-Bruxelles.

Lors de l’enterrement de papa, j’ai trouvé inadmissible que maman s’écroule alors que mon frère et moi nous tenions son bras de chaque côté. Je ne comprenais pas pourquoi elle pouvait éclater en sanglots. Comme je lui en ai voulu de tout cela.

Aujourd’hui c’est terminé les pensées négatives au sujet des choix d’une femme qui en a subi des choses. Différentes des miennes, moches aussi sous le même toit. Deux femmes différentes.

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© Geneviève O – 25-11-2016

Tant de temps + toute petite pause

TANT DE TEMPS

Déjà 17 heures. Je pense à la chanson de Jacques Dutronc. Bruxelles ne s’éveille pas. Je quitte mon univers bureaucratique étriqué, comme un fœtus sort du ventre de sa mère lorsque le temps est arrivé à son terme.

Vendredi, fin de semaine. Un jour comme un autre. Et pourtant non, chose étonnante ce soir, le soleil brille de mille feux. Une belle journée printanière qui se termine.

Je prends ma veste dans la penderie, devenue trop chaude pour la saison, tant pis, il faudra bien que je la mette, car ici le temps peut changer d’un jour à l’autre si rapidement. Aujourd’hui 17° demain 11°. J’ai appris à l’école, que nous vivions sous un climat tempéré. Quel drôle de terme pour ce pays, où les températures montent et descendent comme des montagnes russes. Le climat dit-on est déréglé. Mais peu importe, la veste sur le dos, le bureau pas trop mal rangé, je m’éloigne de cet endroit plein de papiers et de mauvaises odeurs, pour fermer le temps de deux journées complètes, la porte à clef de cet endroit où le vampire patron, m’a sucé toute mon énergie.

 

Je descends presque en sautillant les marches recouvertes d’un tapis usagé que tant de pas ont déjà foulé, et où je manque de m’étaler sur une seule marche qui me fait un croc en jambe, histoire d’un peu corser ma sortie de ce soir. J’injurie tout bas ce bout de tissus épais qui, une fois de plus a failli me faire tomber.

Je m’empresse de sortir. Le tram, cette fois ci je ne souhaite pas le rater.
L’arrêt est à deux pas.

Les poubelles ont été sorties la veille au soir et elles jonchent encore le trottoir, étalées devant moi, quitte à les enjamber une fois sur deux. Des cartons par-ci, d’autres sacs plastiques par-là, bien fermés et réglementés par Bruxelles-Propreté. Je me demande en voyant tout cela où se trouve la propreté. Elle a dû se perdre dans les nombreux formulaires sortis, pour l’occasion de la nouvelle réglementation.

 

L’atmosphère tend vers la clarté. Je regarde les arbres autour de moi, remplis de petites feuilles toutes nouvelles, qui commencent à pousser d’un vert si tendre, que je les mangerais et en ferais une excellente salade. Je ris de ma comparaison ridicule. Plongée dans mes réflexions, j’oublie les arbres et vais m’asseoir sur le banc de l’abri, afin d’attendre ce tram avec tellement d’impatience. La maison m’attend et le repos aussi. Mais non que dis-je ? Quel repos ? Encore tant de choses à faire !!!!

 

17h10 le transport en commun ne saura tarder. Une dame assise à côté de moi, vêtue de vêtements sombres, secoue autour de ses doigts les clefs de sa maison ou de son appartement. Je ne connais rien d’elle et pourtant nous sommes là côte à côte et trouve ridicule de ne pas nous parler, parce que notre éducation ne l’a pas permise.

Je regarde devant moi les yeux dans le vague, la verdure entre les rails. Cette herbe, une nouvelle expérience pour l’environnement de la région, histoire d’enjoliver ces deux barres parallèles qui montent vers le parc situé en haut de la chaussée, cette herbe si tendre, si verte, apparemment immaculée.

 

Un homme accompagné de son chien passe devant moi. Je me dis que la promenade doit bien être difficile, pour devoir ainsi sillonner entre les crottes laissées par d’autres animaux de compagnie passés avant le sien qu’il traîne derrière lui sans aucun entrain ! J’oublie mes pensées et je me laisse aller à savourer ces instants avec beaucoup de bonheur. Le soleil darde ses rayons sur mes jambes allongées dans un abandon total à la chaleur de cette fin de journée.

 

Je sens monter en moi une énergie incroyable, une joie exquise, c’est le printemps et je sens ce renouveau couler dans mes veines, cette sève qui monte aussi en moi sous forme de projets, d’exaltation passagère. Une brise légère vient me chatouiller le bout du nez. Je souris ce soir à la vie, pour cet astre qui la donne sur notre terre.

Je respire l’air qui passe. L’odeur est légère, malgré les automobiles qui circulent, aussi bien celles qui montent la chaussée, que celles qui la descendent. Que de pollutions et pourtant, je respire, je sens, je hume l’odeur des arbres, et je parviens à détecter au-travers de toutes ces senteurs diverses, quelque chose de respirable, de bon, de délicieux à humer. Je prends ce que je peux, car l’endroit n’est guère propice, mais l’instant est merveilleux.

Je me tourne vers la dame toujours assise à côté de moi et nous parlons pendant quelques secondes de ce beau temps.

 

Le tram 18 qui nous amènera à notre destination doit bientôt arriver, c’est bientôt l’heure, tient-le voilà ! Il arrive. Mes yeux scrutent l’horizon, l’arrivée tant attendue de ce transport.

Et puis déconfiture, il s’agit d’un « hors service ». La dame souhaite monter, mais les portes ne s’ouvrent pas, forcément, ce n’est pas le bon ! Je lui signale qu’il est encore trop tôt.

Nous sommes là assises, complices dans l’attente, silencieuses. Je profite toujours des feuilles, du ciel, de la chaleur sur mes jambes, un moment privilégié, un bonheur qui passe, quelques moments fugitifs.

 

17h15, il est en retard de 2 minutes, c’est normal, la ligne est fort fréquentée, et en plus il vient du centre et se dirige vers la direction « Silence » où se situe son terminus. Pourquoi Silence, car là se trouve un cimetière hors de la ville. Cela dût être d’actualité il y a bien longtemps, maintenant le lieu-dit « Silence », n’est plus aussi silencieux qu’autrefois. Un quartier est venu s’y ajouter. La circulation y est intense, elle se dirige vers une autre agglomération importante. Une autre ligne de tram y passe aussi et prend une direction différente. Un véritable carrefour cet endroit où reposent ceux ou celles qui ont terminé leur parcours sur terre.

Je consulte ma montre, mais nom d’un chien quand va t’il donc arriver ce foutu tram. Il a déjà 2 minutes de retard.

Puis le miracle s’accomplit, l’attente se termine.

Le voilà le long d’un quai construit en plein air, à l’arrêt. Mais les portes restent ostensiblement fermées. Le conducteur se lève les vérifie. Pas moyen de monter, il va encore falloir attendre. Je subis ce contre temps avec patience, il fait si beau.

Il reste à l’arrêt, il est en panne.

© Geneviève O. Mai 2004

Totalement autobiographique, avant que je ne vienne habiter à Bordeaux en mai 2004. Quant à la sortie du boulot, j’ai dû donner mon préavis avant mon mariage et mon voyage vers la France 🙂 Le tram n’est plus le même et ne porte même plus le même numéro. Tout a bien changé depuis cette date. 🙂