Se détourner du temps (Roberto Juarroz)


En passant au hasard chez notre messager des poèmes, voici un poème qui m’interpelle. Il me parle, avec à la fois de la joie, de la tristesse, des os qui craquent, d’autres maux qui s’installent. La nature est immuable et le printemps à notre porte nous apporte un regain, comme la sève dans les arbres. De la joie dans le coeur. Quel bonheur que ce sentiment lorsque la saison s’en vient. Je l’aime celle-là. En attendant que coulent les heures, je fais des projets encore. C’est revigorant.

Arbrealettres


Illustration: Gilbert Garcin

Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

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10 réactions sur “Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

  1. En méditation on réalise à quel point le temps est une notion subjective ! notre espace temps est celui que nous avons créé de toutes pièces pour construire nos propres repères…….. mais le temps en tant que tel n’existe pas.

  2. Aznavour s’est penché sur la question aussi…

    « Laisse-moi guider tes pas dans l’existence
    Laisse-moi la chance de me faire aimer
    Viens comme une enfant au creux de mon épaule
    Laisse-moi le rôle de te faire oublier
    Le temps qui va
    Le temps qui sommeille
    Le temps sans joie
    Le temps des merveilles
    Le temps d’une jour
    Temps d’une seconde
    Le temps qui court
    Et celui qui gronde
    Le temps, le temps
    Le temps et rien d’autre
    Le tien, le mien
    Celui qu’on veut notre…
    … »

    • J’ai beaucoup aimé aussi, dans le sens de profiter de chaque instant, non pas pour ignorer, pour oublier, mais dans le sens, de respirer, de s’ouvrir comme nous le pouvons. Ces instants ne se trouvent pas par magie comme cela, il suffit d’y porter un regard, de ressentir. C’est du moins ce que j’essaie de faire pour l’instant. Il est nécessaire pour soi-même d’essayer de devenir un peu plus égoïste, et de vivre comme nous le souhaitons comme notre santé le permet au mieux. Nous n’avons pas d’emprise sur le temps. Nous en avons une sur ce que nous en faisons. J’avoue très mal l’utiliser. Je fais comme je peux. 🙂 Bisous et bonne journée.

    • Merci Renée 🙂 A chacun sa façon, sa manière. J’ai répondu partiellement et en ces instants à claudielapicarde à cette réponse qui se rapproche à celle de gibulène 🙂
      D’autres font du sport, se tournent vers des associations. En ce qui me concerne, je suis devenue plus intérieure en pensées. Cela n’empêche pas les projets de surgir et de se dire : Pourquoi pas ? Tel un voyage, long, de découvertes. ? Peut-être. 😉 Bisous.

C'est gentil d'y avoir pensé, merci.

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